Comment un palace est devenu une copropriété emblématique à Pau
Le Gassion fait partie de ces bâtiments que l’on connaît tous à Pau, sans forcément en mesurer l’histoire. Derrière sa façade du Boulevard des Pyrénées se cache pourtant un lieu qui a connu plusieurs vies, depuis le palace international de la fin du XIXe siècle jusqu’à la copropriété d’aujourd’hui. Comprendre son évolution, c’est aussi comprendre pourquoi il reste, encore aujourd’hui, un immeuble à part dans le paysage palois.
Derrière cette façade, un palace que peu de gens imaginent
Un projet porté par Lafourcade-Camarau
Sur le Boulevard des Pyrénées, le Gassion fait partie du décor. On passe devant, on le regarde, sans forcément s’y arrêter. Et pourtant, à l’origine, ce bâtiment n’a rien d’un immeuble classique.
À la fin du XIXe siècle, c’est un palace. Un vrai. Construit entre 1867 et 1872 par l’architecte Jean Dumoulou, à la demande de Jean Lafourcade-Camarau, un entrepreneur béarnais qui a fait fortune au Brésil. Son idée est simple : créer à Pau un établissement capable d’accueillir la clientèle étrangère fortunée qui vient passer l’hiver dans la ville, à une époque où seul l’Hôtel de France peut réellement répondre à cette demande. Pour cela, il achète un terrain stratégique, entre le château de Pau et l’église Saint-Martin, à l’emplacement d’un ancien hôtel particulier devenu prison. Mais surtout, le Gassion n’est pas simplement un hôtel confortable. C’est un bâtiment conçu pour impressionner.
Un bâtiment en avance sur son époque
Dès son ouverture, il intègre des équipements que très peu d’établissements possèdent à l’époque. Un ascenseur hydraulique permet déjà de desservir les étages. L’eau chaude est disponible dans les chambres. L’éclairage combine gaz et électricité. Le bâtiment produit même sa propre énergie grâce à une turbine installée sur le gave. Et pendant que certains viennent chercher le calme et le climat, d’autres suivent… les cours de la Bourse en direct depuis l’hôtel. On ne parle pas d’un détail. On parle d’un lieu pensé pour une élite qui veut tout : le confort, le réseau, l’information.
Un lieu où l’on venait autant pour séjourner que pour se montrer
Un établissement de grande capacité
À son apogée, le Gassion compte près de 240 chambres, ce qui en fait l’un des établissements les plus importants de la ville.
Un lieu de vie et de représentation
À l’intérieur, tout est pensé pour faire vivre le lieu. On y trouve des salons, des espaces de réception, un fumoir, une salle de bal, un casino, des espaces de jeux et de rencontre. La clientèle qui fréquente l’établissement ne vient pas seulement dormir. Elle vient passer du temps, rencontrer du monde, exister socialement. On croise ici des aristocrates européens, des grandes fortunes anglaises, des Américains, des Russes. Le roi Alphonse XIII et des membres de familles royales ou de la noblesse européenne séjournent dans ces lieux. À cette époque, Pau est parfois surnommée “la ville anglaise”. Le Gassion en est l’un des symboles.
Un bâtiment pensé comme un palais plus que comme un hôtel
Quand on regarde le Gassion aujourd’hui, on voit un immeuble. Mais à l’origine, sa conception est bien différente. Le bâtiment est organisé autour d’une cour intérieure, avec une structure qui rappelle davantage un palais qu’un simple hôtel. Les circulations sont larges, les volumes sont importants, les espaces communs occupent une place centrale. Ce type de conception répond à une logique précise : accueillir une clientèle exigeante dans un lieu qui doit autant impressionner que fonctionner. On est loin d’un simple bâtiment utilitaire. On est sur un lieu de représentation.
Une histoire de propriété et de gestion qui bascule
Un projet ambitieux mais fragile
Le projet initial est porté par Lafourcade-Camarau, mais l’équilibre économique est fragile. À sa mort en 1880, l’hôtel est déjà en difficulté financière.
Une reprise et une exploitation organisée
Le bâtiment est alors repris par la famille Loubet, qui rachète les murs et confie l’exploitation à la famille Meillon, des professionnels de l’hôtellerie. Pendant plusieurs décennies, le Gassion reste une adresse de prestige, notamment entre 1886 et 1928. Mais ce modèle ne tient pas.
La crise de 1929 et la fin du Gassion hôtel
Un modèle qui s’effondre
La rupture est claire. La crise économique mondiale de 1929 change tout. Le tourisme climatique décline. Les séjours longs disparaissent. Les grands hôtels deviennent difficiles à rentabiliser.
La fermeture du lieu
Le Gassion ferme. Le mobilier est vendu. L’activité s’arrête. On passe d’un palace reconnu à un bâtiment vide.
La transformation en appartements : une décision pragmatique
Une décision portée par les propriétaires
Ce sont les propriétaires, la famille Loubet, qui prennent la décision. Plutôt que de laisser le bâtiment à l’abandon, ils choisissent de le transformer en logements.
Une nouvelle organisation du bâtiment
Les volumes sont découpés. Les espaces sont redistribués. Le palace devient une copropriété. Aujourd’hui, on compte environ 55 appartements, 13 chambres de service, 45 caves et 5 garages. C’est une reconversion typique des palaces de la Belle Époque.
Un bâtiment protégé, et ce que ça change
Une inscription aux Monuments Historiques
Le Gassion est inscrit Monument Historique depuis le 1er février 1988. Cette inscription concerne les façades, les toitures et les décors des salons.
Des contraintes mais aussi une valorisation
Concrètement, cela implique un encadrement des travaux, une obligation de respecter l’architecture et des contraintes sur les modifications extérieures. Mais cela apporte aussi une reconnaissance patrimoniale forte, une valorisation du bâtiment et une image renforcée.
Une copropriété qui ne ressemble à aucune autre à Pau
Des caractéristiques atypiques
Vivre au Gassion, ce n’est pas vivre dans un immeuble classique. Les appartements sont issus d’un ancien palace. Les volumes sont atypiques. Les hauteurs sous plafond, les distributions, les ouvertures ne suivent pas les standards modernes. Chaque lot a sa logique.
Un emplacement exceptionnel
Et surtout, l’emplacement joue un rôle central. Situé entre le château de Pau et l’église Saint-Martin, avec une vue directe sur la chaîne des Pyrénées, le Gassion bénéficie d’une localisation parmi les plus fortes de la ville. À cela s’ajoute un élément essentiel : le bâtiment est inscrit aux Monuments Historiques. Cela renforce son identité et son statut.

L'Hôtel Gassion - Boulevard des Pyrénées
Un immeuble entretenu, récemment remis en valeur
Un ravalement complet
Le Gassion a fait l’objet d’un ravalement de façade complet sur près de deux ans, récemment terminé en ce printemps 2026. Les travaux ont porté sur la pierre, les enduits, les ferronneries et les menuiseries.
Un impact immédiat sur la perception
L’objectif était clair : retrouver une lecture architecturale cohérente, proche de l’état d’origine. Aujourd’hui, la façade est plus lisible. Les détails ressortent. Le bâtiment retrouve une présence forte sur le Boulevard des Pyrénées. Ce type d’intervention change directement la perception du lieu.
Le rez-de-chaussée : des usages simples, mais ancrés
L’époque de L’Île au Jasmin
Pendant longtemps, le rez-de-chaussée du Gassion a accueilli le salon de thé L’Île au Jasmin. Ce lieu avait une particularité simple : une terrasse avec des transats, à l’écart de la circulation, exposée au soleil., rien de plus. Pas un concept compliqué. Mais un usage clair, identifié localement.
Une nouvelle activité depuis 2025
Ce lieu a disparu récemment. Depuis 2025, il a été remplacé par un nouveau commerce : le Pixel Art Café & Arcade, avec un positionnement totalement différent, autour du café et d’un univers visuel plus contemporain. Le bâtiment continue d’évoluer, sans rupture.
Acheter au Gassion : un choix patrimonial, pas un achat classique
Un bien qui ne se lit pas comme les autres
Acheter un appartement au Gassion, ce n’est pas acheter un bien comme un autre. On n’est pas sur un produit standard, ni sur une logique purement financière, ni sur un immeuble comparable à ce qui se construit aujourd’hui. Ce que l’on achète ici, c’est un lieu. Un bâtiment qui a été conçu comme un palace, transformé en copropriété, inscrit dans l’histoire de la ville, et qui conserve encore aujourd’hui une partie de cette identité.
Une valeur qui dépasse le prix au mètre carré
Concrètement, cela implique plusieurs choses. Les appartements peuvent être atypiques. Les distributions ne sont pas toujours linéaires. Les contraintes liées au statut patrimonial existent. Mais en contrepartie, il y a autre chose : un emplacement parmi les plus forts de Pau, une vue sur les Pyrénées qui ne se reproduit pas toujours, et un immeuble identifié qui dépasse la simple adresse. On n’achète pas uniquement des mètres carrés. On s’inscrit dans un lieu qui a une histoire, une architecture, une image. C’est pour cette raison que le Gassion ne se lit pas comme un bien immobilier classique. Sa valeur ne repose pas uniquement sur un prix au mètre carré. Elle repose aussi sur ce qu’il représente. Et c’est précisément ce qui fait que certains biens, ici, trouvent leur acquéreur.
Ce type de bien s’inscrit dans une logique spécifique de marché. J’explique ici comment j’aborde l’immobilier de prestige à Pau.
Prix de vente réellement observés (données DVF).
À partir des ventes réellement enregistrées sur le secteur, on observe les niveaux suivants :
Typologie | Prix moyen au m² observé | Lecture |
|---|---|---|
Studio / T1 | ≈ 2 700 €/m² | Marché actif, variation selon étage et vue |
T2 | ≈ 4 500 €/m² | Segment très dépendant de la vue |
T3 | ≈ 4 800 €/m² | Marché hétérogène |
T4 et + | ≈ 4 000 €/m² | Segment plus stable |
👉Le Boulevard des Pyrénées, et plus particulièrement l'Hôtel Gassion, est un marché atypique.
La valeur d’un bien dépend avant tout :
👉 de la vue
👉 de l’étage
👉 de la position
👉 de la perception du bien
👉 Deux biens comparables peuvent présenter des écarts très importants.
👉Où se situe votre appartement dans cette grille de lecture ?
Une estimation contextualisée permet de le positionner avec précision.

La vue depuis le Boulevard des Pyrénées
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L’estimation sur le Boulevard des Pyrénées ne peut pas être standardisée. Chaque bien doit être replacé dans son environnement immédiat.
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Accompagnement local
Le Boulevard des Pyrénées fait partie des secteurs les plus identifiables de Pau.
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À propos de l’auteur.
Laurent Sabathé est conseiller immobilier indépendant à Pau et dans son agglomération au sein du réseau Capifrance.
Spécialisé dans l’accompagnement des projets de vente résidentielle, il analyse le marché immobilier local et accompagne vendeurs et acquéreurs avec une approche fondée sur la réalité terrain et les dynamiques propres au marché palois.